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Romain Langlois

Sculptor – Refugee Association 111.days

In French

Spoken in French. Their words, as they said them; no translation yet.

Ces gens-là ont vraiment tout à nous apprendre et à nous montrer. Et nos politiques en Europe les les définissent comme déshumanisé, réfugiés. Je crois que c'est les plus fortes personnes que j'ai rencontrées dans ma vie, des modèles d'êtres humains qui choisissent de sourire et on les déshumanise, ce n'est pas possible, c'est comme si si on nous disait, non le paradis n'existe pas quoi, le paradis c'est ces gens-là.

Hier je me promenais dans les rues de Paris et puis il y avait cette image de l'enfant mort sur la plage qui est devenu une espèce de symbole mais qui est un symbole assez violent qui va nous toucher en tant qu'européen mais est-ce qu'on réfléchit à, est-ce qu'on se place à eux, à leur situation, à ce qu'ils vivent et est-ce qu'ils ont envie que ce symbole-ci leur appartienne Je ne pense pas. Et ça m'a fait un choc hier quand j'ai vu l'image, cet emblème de de de cet enfant mort sur la plage, je ne peux pas comprendre ça de leur point de vue à eux. Et de la même manière quand quand on m'a expliqué comment ça s'est déroulé sur place, il y avait tellement de journalistes qu'il y avait d'autres personnes qui étaient en train d'agoniser sur la plage et les journalistes bloquaient les urgences et les personnes sont mortes parce que les urgences n'ont pas pu arriver à temps. Simplement parce qu'il y avait une barrière des journalistes.

Et c'est pour ça que j'ai j'ai j'ai créé cette association qui qui qui n'a rien à voir avec mon métier de sculpteur, mais qui a à voir avec le métier d'artiste qui est connecté à son temps et surtout d'un artiste ou de l'art qui pour moi est avant tout une trace de l'humanité. Et je j'ai envie de pouvoir proposer quelque chose qui soit d'une humanité qui soit plutôt belle et même si elle peut paraître naïve. Mais je trouve que l'être humain a encore beaucoup de choses à raconter.

Entre une image de moi-même que je me donnais qui était celle d'un sculpteur et aujourd'hui une ouverture que je veux la plus grande possible, je ne vais pas dire totale, mais ce serait complètement surréaliste, mais la plus grande possible pour dire je peux créer ça. C'était suffisant. Alors que ce soit en sculpture, que ce soit dans un sourire, voilà quoi. Je vais prendre un moment de séance. Je suis en train de faire mon introspection.

C'est pas mal. C'est intéressant.

Devant la chaise ça m'a rappelé une personne que j'ai vue sur le camp qui s'appelle Assia et c'est une personne qui paralysée et qui a vécu dans le camp de Moria sans siège, donc du coup qui rampait tous les jours.

C'est trash quoi.

Quand la fille l'a traversée, il y a des personnes qui voulaient la mettre à l'eau parce qu'elle était handicapée. Et puis il y a une personne qui l'a pris avec elle, qui l'a pris un monsieur assez fort et qui du coup a dit non tu vas pas la mettre à l'eau, moi je la garde. Ils ont fait la traversée comme ça, elle est arrivée au camp de Montréal, elle a dû passer je pense plusieurs mois, sans siège, sans rien, avec rien, du coup avec le 1er matériel qu'elle avait sous la main c'est-à-dire des couvertures de survie elle a décoré toute sa petite chambre comme ça en or elle a fait des fauteuils avec de la récupération de tissus rouges et du coup c'était complètement incroyable parce qu'on se rend compte que que l'imagination humaine quel que soit ce que cette personne a pu traverser ressortait quand même et avait une avait une beauté enfin moi j'ai vu qu'il y avait une beauté mais pour elle c'était surtout bref, Assia est amoureuse de cette couleur or, il est rouge et du coup elle m'avait demandé le, on travaillait sur les cerfs-volants ensemble par son bis j'ai rencontré aussi les autres femmes du camp et du coup elle m'avait demandé d'amener une bombe de peinture et puis on papotait, on papotait et puis au bout d'un moment elle prend la bombe de peinture et elle peint en or tout son tout son fauteuil sans prendre le temps de protéger quoi que ce soit comme quelque chose comme ça qui était un peu un élan comme ça créatif vital comme quelque chose qu'il fallait qui sorte pour elle et hop et c'est parti et le fauteuil a fini de couleur or quoi. Et ça c'était, ça m'a, ça m'a fait beaucoup sourire, je l'ai laissé faire, je l'ai aidé parce que du coup il y avait une, il y avait vraiment quelque chose de très intéressant qui se passait à ce moment-là. C'était si on amène un tout petit peu quelque chose à une personne quel que soit ce qu'on amène, on ignore ce qui va se produire. Et là en l'occurrence, j'aurais aimé qu'elle s'exprime sur sur les cerfs-volants que je fais pour l'association etc et puis nous elle s'exprimait sur autre chose et en fait c'était gagné. Qu'importe le support que ce soit un fauteuil que ce soit un cerf-volant que ce soit n'importe quoi à partir du moment où on amène une possibilité de de ou un outil. C'est pas forcément une possibilité de s'exprimer parce qu'elle aurait pu s'exprimer sans ma présence et elle le fait, mais simplement amener des outils simplement amener des des ouvrir ouvrir le champ des possibles et du coup l'imagination ne connaît aucune limite à ce moment-là même avec une simple bombe de peinture or et un fauteuil roulant. Je crois que c'est la seule qui a un fauteuil roulant or dans toute l'île et peut-être même dans dans le monde entier quoi c'est assez dingue.

C'est, il faudrait vraiment montrer tous ces portraits-là, Toutes ces personnes, je me rappelle de Benham, de Benham avec qui j'ai bossé aussi, Benham qui a eu les mains brisées parce qu'il jouait de la musique à 20 heures, qui m'a fait les plus belles sculptures sur l'arbre. Il y a une âme qui était souriant. Il faudrait vraiment vraiment aller choper un petit peu le sourire de ces gens-là puisqu'il est très communicatif. Leur leur, ils ont choisi, ils ont choisi de dire ouais, l'homme est beau et l'être humain est beau et pourtant ils sont passés, ils ont été torturés, ils ont été passés par toutes les saloperies au monde et ils ont ils sont capables de ça. Ils ont choisi le sourire.

C'est eux qui nous apprennent. Bien sûr que j'apprends sur moi-même quand je suis dans des situations comme ça. Mais ce n'est pas, ce n'est pas ça qui m'importe, ce qui m'importe c'est que leur sourire soit vu.

Et de le provoquer si je suis si sans si je peux en être capable je le provoquerais, mais déjà que leur sourire soit vu.

Avant je me serais défini en tant que sculpteur et c'est plus le cas maintenant ça fait assez bizarre mais c'est plus du tout le cas. Il y a de ça quelques temps j'ai fait un rêve et je me disais dans le fond je mets dans mon sac quelques gouges j'ai pas besoin de matière juste quelques gouges puis je parcours le monde et je vais là où où les paroles sont sourdes où elles sont pas entendues et je propose alors vous avez besoin de quoi qu'est-ce qui se passe exactement ici qu'est-ce que vous arrivez pas à dire qu'est-ce que vous arrivez pas à sortir Faire quelque chose On peut essayer de le raconter. Il y a des moyens pour ça. Il y a la poésie, il y a la peinture, il y a un cercle de parole, il y a une sculpture.

Et c'est en ça où où où je trouve que l'art ne doit surtout pas se dégager de ce qui se déroule dans son siècle. Il ne doit pas être à côté de ce qui se déroule dans son siècle. Je suis sculpteur, j'aurais aimé être sculpteur pendant encore 40 ans et à la Degas, à la Rodin et pouvoir jouir de ma matière encore tous les jours et tous les jours, mais je ne peux pas être déconnecté de, je ne peux pas être déconnecté de ce qui se passe à côté sinon sinon j'ai raté ma vocation de sculpteur, pas de sculpteur, j'ai raté ma vocation d'artiste et encore plus j'aurais raté ma vocation d'être humain que de pouvoir amener du rêve. Voilà je suis important pour la suite parce que du coup ça s'il y a une personne qui va soi-disant sans peur alors que franchement il est pété de trouille moi je suis pété de trouille à chaque fois que j'y vais, mais ce n'est pas grave il faut y aller. Il faut y aller parce que du coup c'est prendre aussi la peur des autres et dire ça va le faire quoi. Let's go on y va quoi. Donc ça me ça me tient vraiment à coeur d'essayer à à réaliser ça.

Pouvoir ne serait-ce que en parler leur mettre des mots dessus ça apaiser la poésie c'est vraiment important À défaut d'art, les mots font l'affaire.